Rencontres & Ateliers

 

PETIT SLALOM ENTRE LES GRÈVES DE TRAIN

 

Avril 2018. Rencontre avec les enfants du Centre de loisirs de la jolie petite ville de Guer, tout près de la forêt de Brocéliande.

Avec les animatrices, les jeunes lecteurs ont travaillé chaque semaine autour de mes livres de poche : ils ont réinventé de nouvelles couvertures en mélangeant les titres, écrit des histoires, et posé plein de questions…

C’était une première, de proposer aux enfants du Centre de travailler autour des livres d’un auteur… et ça a fonctionné : 24 participants volontaires, qui ont planché et décortiqué les histoires pendant des semaines, avant notre chaleureuse rencontre. On a beaucoup parlé, installés au cœur de la médiathèque; pour moi ce fut très émouvant.

Je tiens à remercier tout le monde, les enfants, la directrice et les animatrices du Centre, hyper investies dans le projet, Françoise et Nathalie pour leur accueil à la médiathèque, et Sabrina, à l’origine de cette idée de voyage en Bretagne, avec qui j’ai pu avoir de précieuses et touchantes conversations.

 

 

Le lendemain matin, toujours à la médiathèque, on a fait un atelier qui a duré un peu plus longtemps que prévu.

Ils étaient treize autour de la table, avec le bonheur de jouer : reconnaître un objet connu de soi avec les yeux bandés, puis des objets-mystères, des lettres, des chiffres et des images inscrits en relief sur des cartes, reconstituer un mot complet, tout ça sans rien voir, rien qu’en touchant les lettres avec les doigts…

Les enfants ont compris à quel point  il faut rester concentré quand il nous manque un sens !

Après tous ces jeux, ils ont découvert les petits points de l’alphabet Braille, et chacun s’est prêté à la dernière activité : faire son auto-portrait (certains ont 7 ou 8 ans mais portent déjà la barbe…) et écrire son prénom en braille et en relief.

Le mot de la fin pour Victoria en sortant de la médiathèque : « C’était super bien ! »

Merci les enfants ! Et merci Sabrina pour ton aide indispensable !

 

En image, les portraits de Louka et Faustin,

Emma et Alwena, Marin et Adonis.

 

 

 

CONCOURS NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

Février 2017. Ils étaient en classe de première et ont passé quelques heures avec moi pour composer un texte de slam, en vue de participer au concours national de la Résistance et de la Déportation.

Thème : la déshumanisation.

Ils ont lu, visionné, écouté ce qu’il fallait pour se mettre à écrire à leur tour. Ils ont cherché les mots, les rimes et on a composé ce texte à deux voix, l’histoire de deux amoureux séparés par la déportation, Joseph et Doumia.

(Joseph)
Je me souviens
Je me souviens comme toi et moi on s’aimait, Doumia
Les soucis du monde n’avaient pas notre adresse
La vie était belle et douce comme le parfum des caresses
ton prénom sur ma bouche et l’horizon de tes bras.
Au bout du petit matin, ils ont débarqué de nulle part
Leurs cris assourdissants ont retenti dans la pièce
Les claquements de leurs bottes ont fait taire notre jeunesse
Notre rêve sans peur  a viré au cauchemar.
Leurs ordres et leurs coups contre tes pleurs et l’angoisse
Ils ont voulu qu’on parte sous les armes et la menace
vers un quai rempli de larmes et d’enfants du désespoir
Qu’allait-il nous arriver au-delà de cette gare ?
Entre nos mains, une valise, l’essentiel de notre vie
quand brusquement la foule et tous ces putains de fusils
t’ont arrachée à moi et mon cœur a vu disparaître
tes longs cheveux de nuit sans lesquels je ne peux être.
(Doumia)
Je me souviens
Je me souviens que je t’ai cherché du regard
J’ai crié ton prénom, Joseph, à travers les wagons du diable
Deux jours en enfer sans manger et sans boire
parqués comme des bêtes tout au fond d’une étable.
Dans ce train sans issue les odeurs des corps
et les pleurs d’une mère devant son enfant mort
Pas d’air ni d’autre espoir que celui de te retrouver
et pour affronter l’horreur, le souvenir de tes baisers.
Quand le train s’est arrêté, la lumière du jour m’a éblouie
Des SS nous ont sortis et poussés comme un troupeau
Alors j’ai vu le camp, des barbelés à l’infini
et ce peuple de fantômes qui n’avaient plus que la peau sur les os.
Après, tout s’est accéléré, ils ont confisqué mes vêtements
pris aussi ta photo que je gardais contre mon cœur
Ils ont rasé mon crâne, mes cheveux que tu aimais tant
Dans le regard des autres femmes, j’ai découvert la terreur.
(Joseph)
Je me souviens
Je me souviens du tatouage, des aiguilles enfoncées dans mon avant-bras
Marqué comme un animal, je suis le matricule 17.203
Et toutes les nuits l’appel, l’appel qui dure pendant des heures
debout dans le froid, le ventre vide, et si tu bouges, tu meurs.
(Doumia)
Dans le baraquement on dormait sur des paillasses, à trois femmes par lit
Mes voisines s’appelaient Sarah et Léah, elles étaient très jolies
Les SS les ont prises un jour, elles ne sont jamais revenues
Ici la mort est tout autour, le pire est qu’on s’habitue…
(Joseph)
Mille fois j’ai pensé à me battre, pour un misérable quignon de pain
Essaie un peu de rester digne, quand on te transforme en chien
Souviens-toi d’être un homme même couvert de gale et de bêtes
Souviens-toi d’être un homme quand tu n’es plus qu’un squelette.
(Doumia)
Quelqu’un te parlera du Block 10, où ils m’ont emmenée
des rayons X et de ce médecin qui voulait me stériliser
Pardonne-moi, je n’ai pas survécu à toutes leurs expériences
Mon tort était d’être née juive, au siècle du silence.
(Joseph)
Sous la neige, j’ai contemplé des centaines de corps enflés
Il fallait les tirer à la pince, jusqu’au trou où on allait les brûler
Au milieu des cadavres, il m’a semblé un instant t’apercevoir
Mais ce n’était pas toi, Doumia, toi tu portes de très longs cheveux noirs.
Je me souviens qu’il ne faut pas tomber
Je me souviens que je suis un humain
Je me souviens de la vie, du passé
Je ne suis pas le matricule 17.203
Je m’appelle Joseph…
Je m’appelle… Joseph…
Je m’appelle…

 

 

PARLER DE LA TOLÉRANCE

Les élèves de CE2 de Madame Lethellier et moi-même avons été accueillis par Marie-Elise, la responsable de la médiathèque de Saint-Ouen (Picardie), le temps de trois matinées intenses : les enfants ont parlé, joué, mimé, écrit, dessiné, mis en page et collé (et essayé la danse portugaise pendant la pause). Le résultat : cinq magnifiques affiches qui interpellent le lecteur sur ses capacités à être tolérant, le tout sur un ton qui mêle humour et sagesse.

Merci à Marie-Elise, Valérie et les parents  pour leur précieuse présence.

 

 

COMPTINES AERIENNES

Catherine, Evelyne et Valérie et leurs élèves m’ont reçue dans leurs écoles et classes respectives, en vue de faire écrire aux enfants des comptines sur le vent.  Une comptine par classe, et une comptine commune aux trois classes, à chanter tous ensemble le 5 juin, devant les parents.

 

 

OULIPO PICARD

Le cadavre exquis reste selon moi la plus poétisante des contraintes.

Ici, le souvenir d’ateliers à Berteaucourt-les-Dames et à Saint-Ouen, où les enfants se sont fort bien accommodés des joyeusetés oulipiennes.

 

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